PATRIOTISME – 2005

PATRIOTISME

Ouvre la porte Yoko, tu as du sang aux chaussures

PRÉSENTATION
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PATRIOTISME « Ouvre la porte Yoko, tu as du sang aux chaussures »
“Patriotisme”, la patriote, le texte de Thomas Martin oscille entre fiction et réalité. Fiction car il prend comme point de départ la nouvelle du même nom, écrite en 1963, par Yukio Mishima. Réalité car il fait référence au suicide de Mishima par seppuku, le 25 novembre 1970, au ministère des armées japonaises. Il mélange les genres biographique et fictionnel. Dans la nouvelle, par amour, par loyauté envers son mari, la femme du lieutenant Takeyama, Reiko suit son homme dans la mort. Elle s’égorge après que son mari se soit fait hara-kiri. Le texte de Thomas Martin pose lui le problème de la survie. Survivre aussi est une solution. Ce texte se situe dans l’intervalle de temps entre la mort du lieutenant et le suicide de sa femme. Yoko, c’est son nom (en fait le nom de la femme de Mishima), se retrouve seule avec le choix de faire ou de ne pas faire ce qui a été décidé, mourir ou trahir. Et cette décision pose de manière concrète la question sur la fonction de la vie. Pourquoi mourir et si je survis pour faire quoi ?
Ce qu’il faut bien voir dans le “Patriotisme“ de Mishima, aussi bien dans la nouvelle de 1963, que dans le film qu’il tourna en 1967 dans lequel il interprète lui-même le lieutenant Takeyama, et où on le voit commettre le hara-kiri, c’est l’aspect biographique, la répétition générale de sa mort qui aura lieu quelques années plus tard. Cette nouvelle et ce film ont pris une autre valeur quand Mishima mit ses plans à exécution. Sa veuve Yoko fera d’ailleurs par la suite interdire le film.
L’éthique des Samouraïs, énoncée dans le Hagakuré, que Mishima a lu à plusieurs reprises, formule la voie du samouraï en ces termes :  » Si tu es tenu de choisir entre la mort et la vie, choisis sans hésiter la mort « . Le suicide par hara-kiri ou seppuku en est certainement la plus vive application. Et c’est cette voie dictée par les samouraïs que le lieutenant Takeyama, puis Mishima lui-même choisirent pour ne pas trahir ou pour montrer au monde ou à eux-mêmes un chemin. Mais il faut des survivants, ne serait-ce que pour racon- ter l’histoire.
1970 est une date mythique. Mythique car elle marque une frontière entre ceux qui ont été au bout de quelque chose, les Hendrix, Mishima, Joplin, Morrison, les Beatles, et tous les autres… et ceux qui ont survécu à cela. Je dis mythique car cela est plus faux que vrai, mais l’inconscient collectif a toujours marqué cette date de manière claire. La pièce, la mise en scène, se trouve au moment de cette bascule, quand les héros furent après cela les héros néfastes, ceux des années de plomb.

Philippe Vincent, janvier 2005.

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