HAMLET – 1995

HAMLET-MACHINE-HAMLET

Shakespeare – Müller

PRÉSENTATION
hamlet_affiche

HAMLET CONTRE HAMLET

per Bernadette Bost

Baroque et rock / Surréaliste et brechtien, un tonifiant cocktail Shakespeare / Heiner Müller agité par Philippe Vincent

« MA SEULE préoccupation lorsque j’écris du théâtre, c’est de détruire les choses. Trente années durant, Hamlet a été pour moi une véritable obsession. J’ai donc écrit un texte bref, Hamlet-Machine, pour tenter de détruire Hamlet. » Ainsi s’exprime Heiner Müller dans un entretien de 1981, soit quatre ans après la rédaction de Hamlet-Machine. Un peu plus loin il dit aussi sa volonté de détruire aussi « l’histoire allemande », d’en finir avec l’héritage des pères. Qu’est-ce que Hamlet, en fait, sinon une histoire de père, à éliminer autant qu’a venger ? Le spectre sur les remparts, c’est le refoulé historique qui fait retour, pour empoisonner la vie des vivants. Hamlet-Machine est un poème violent, désespéré, sur ce fantôme d’une civilisation morte qui ne veut pas disparaître.
Philippe Vincent né au théâtre il y a une dizaine d’années en montant Quartett de Heiner Müller, a trouvé dans le grand imprécateur allemand son poète de prédilection. Après s’être aiguisé les dents sur Médée ou Mauser, Il ne pouvait aborder Shakespeare qu’à travers la rencontre de Hamlet et Hamlet Machine. Rencontre flamboyante en même temps qu’incendiaire : les deux textes brillent d’un fulgurant éclat avant de s’embraser et de disparaître en gerbes d’étincelles. Beau théâtre que celui où s’accomplit une telle combustion.
Ce jeune homme n’a pas fait l’erreur que Müller reproche à la plupart de ses metteurs en scène : « présenter les textes comme s’ils devaient être compris. ». Il a traité les pages de Hamlet Machine, et celles qu’il conserve de Hamlet, comme un réservoir d’images mentales à animer et violenter, un matériau sonore à faire chanter et rugir. Un sens s’impose toutefois : celui d’un festin cannibale où Hamlet doit manger le cœur des vivants qu’il aime, pour ne pas être dévoré par les morts qui l’ont aimé. Philippe Vincent n’a pas limité le choc des styles aux textes utilisés. Il a réuni dans ce spectacle des acteurs et un chanteur d’opéra, des musiciens contemporains et de vraies et fausses collégiennes d’ages divers qui multiplient la figure d’Ophélie. Contrairement aux rôles masculins, tenus chacun par un seul interprète – le Barython Pascal Wintzner en spectre lyrique, les acteurs Stéphane Bernard et Jean-Claude Martin en Claudius et Hamlet -, les figures féminines semblent chercher leur identité de corps en corps. Anne Ferret, Sophie Peyrache, Bianca Falsetti, entre maîtrise et folie, se livre à cette obscène théâtralité par laquelle Heiner Müller règle ses compte avec la femme.
Comme de tous les spectacles de Philippe Vincent, on retient des moments superbes où s’exprime un vrai sens de la scène. Par exemple, le « blabla » de Heiner Müller amplifié en cri de mouettes récurrents, au début du spectacle ; le duo saisissant de Philippe Vincent et Bianca Falsetti en rock-stars écorchées ; le ruban d’une rivière d’étoffe, déroulé sur une étrange machine tandis que les huit Ophélie égrennent leur litanies de désastres. Et tous ses moments musicaux où le compositeur Daniel Brothier relie magistralement les territoires du jazz et de l’opéra contemporain.
C’est dans la banlieue stéphanoise, au NEC de Saint-Priest-en-Jarez, que ce spectacle assez fou a pu être monté. Ce petit centre culturel, qu’anime Françoise Gourbeyre, est actuellement un des rares lieux ou l’on parie sur les jeunes talents. Philippe Faure au Théâtre de la Croix-Rousse prend aujourd’hui le relais.

Bernadette BostLE MONDE 3 février 1995

DISTRIBUTION

CRÉATION LE 11 JANVIER 1995 AU NEC de SAINT-PRIEST-EN-JAREZ
ET REPRIS EN FÉVRIER 1995 AU THÉÂTRE DE LA CROIX-ROUSSE

HAMLET

de William SHAKESPEARE
traduction : Yves BONNEFOY (Ed. Mercure de France)

HAMLET-MACHINE

de Heiner MÜLLER
traduction Jean JOURDHEUIL et Heinz SCHWARTZINGER (Ed. de Minuit)

HAMLET

de Luis BUNUEL
traduction : René SOLIS

mise en scène : Philippe VINCENT
assistant : Pierre ROCHIGNEUX
décor et costumes : Jean-Philippe MURGUE
costumes : Bianca FALSETTI et Cathy RAY
musique : Daniel BROTHIER
lumière : Hubert ARNAUD
régie : Serge LATTANZI
Relations publiques : Brigitte DELORE

avec :
Stephane BERNARD
Yves BRESSIANT
Daniel BROTHIER
(Saxophone)
Bianca FALSETTI
Anne FERRET
Corine KOCH
Bob LIPMAN
(Guitare)
Jean-Claude MARTIN
Yvan Oukrid
(Batterie)
Sophie PEYRACHE
Philippe VINCENT
Pascal WINTZNER
(Barython)

le choeur des Ophélie :
Elise BENOIT, Marianne DERICKE, Emmanuelle MATHOULIN, Marianne MONDON,
Hermine RIGOT, Charlotte RIVAT, Juliette ROMAN, Alexia SUBERT

Décor réalisé par :
Rémy FONFERRIER
Hamid NAIDJI
Stéphane VIALAT
Michel FALZONNE

Costumes réalisés par :
Cathy RAY
en collaboration avec :
Sandrine BRUYÈRE
Wahiba SADOUDI

Production :

SCÈNES
Coproduction : NEC / SAINT-PRIEST-EN-JAREZ
Coréalisation : THÉÂTRE DE LA CROIX-ROUSSE / LYON
avec l’aide de TADDUNI (SARL)

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